Après plusieurs mois de création de contenus sur le féminisme, je peux vous le dire : cette question revient vraiment très souvent. Après tout, c’est bien mignon de s’énerver sur des moulins à vent mais il serait peut-être temps de se concentrer sur des problèmes bien réels, bien actuels et qui sont vraiment importants, non?

En cette fin d’année, j’ai donc décidé de prendre au mot ce que me disent mes haters et me poser de manière tout à fait honnête cette question qui leur donne un sentiment de supériorité : est-ce vraiment nécessaire de parler de militer pour l’égalité des genres dans une société où tout est déjà acquis? 

Le féminisme, ce n’est pas les femmes contre les hommes

Pour décréter si on a besoin ou non du féminisme, il faut déjà remettre un peu d’ordre parmi les amalgames. NON, le projet du féminisme n’est pas que les femmes asservissent les hommes. Ce fantasme de haters, construit en miroir de la domination masculine qui semble tellement ancrée dans notre société, ne représente absolument pas la réalité. Les associations, militant-e-s, créateur-ice-s de contenus et autres personnes actives dans les luttes féministes sont très très loin de cet imaginaire. Vraiment. Et il suffit de s’adresser à elles (et de les ECOUTER 🤯) pour le comprendre.

Il existe des féministes misandres, pour plein de raisons personnelles et/ou politiques. Mais la réalité, c’est que la plupart des féministes NE SONT PAS misandres. Elles ont des pères, frères, collègues, amants, fils ou amis avec qui elles entretiennent des relations. Les personnes misandres sont (contrairement aux personnes misogynes) une minorité. Et leur misandrie elle-même n’est en aucun cas un projet de domination des hommes par les femmes. Elle est avant tout une réaction à un contexte, un système oppressif, qui leur inspire tellement de méfiance et de peur qu’elles préfèrent s’éloigner des hommes, qu’elles jugent représentatifs de ce système. 

Ni le féminisme, ni la misandrie ne visent une domination. Les deux, chacun-e à leur manière, sont des réactions à celui dont je n’ai pas encore prononcé le nom : le PATRIARCAT.

Hé oui, le féminisme, ce n’est pas « les femmes contre les hommes » et ça ne l’a jamais été. C’est plutôt « les femmes, les hommes et tous les autres genres contre le patriarcat ».

Alors si déjà cette définition n’est pas comprise et/ou acceptée par une partie de la population, le féminisme semble encore bel et bien nécessaire.

Déconstruire le sophisme raciste du patriarcat

Mais évidemment, une fois que la définition est acquise, tout le travail n’est pas fait. Puisqu’il suffit de regarder encore une fois les commentaires et autres réactions pour lire qu’apparemment

« le patriarcat n’existe plus ici depuis longtemps, mais il existe à l’étranger et c’est ça qu’il faut combattre »

(cette phrase n’est pas une caricature, c’est un résumé un peu moins agressif que ce qui est parfois écrit sur les réseaux).

 

Rien que pour ça, le féminisme me semble encore pertinent en 2024. Rien que pour rappeler que non, le féminisme ne peut pas s’allier au racisme. C’est d’ailleurs tout le contraire qui est prôné aujourd’hui avec les luttes intersectionnelles. Justement, on a (aussi) besoin du féminisme pour lutter main dans la main avec toutes les autres formes de discriminations (racisme, agisme, validisme, grossophobie, lgbtphobie, etc).

Et la réponse qu’on donne aux gens qui tentent d’opposer deux minorités (que ce soient des TERFs, des racistes ou autres)? Déjà, comme pour tout, n’oubliez pas que vous n’avez pas la responsabilité d’éduquer tout le monde. Donc, leur donner une réponse n’est pas obligatoire (après tout, on a le droit de ne pas vouloir discuter avec l’extrême droite). Mais si vous le souhaitez, sachez que je vous prépare pour le 8 mars (teasing teasing) un article spécial qui liste un max d’exemples et d’études scientifiques qui en parlent!

N’hésite pas à m’envoyer tes contributions à ce futur article !

L’égalité de salaire est atteinte : que voulez-vous de plus ?

Bon, si vous êtes un peu éduqué-e sur le sujet, vous savez probablement que ce titre est faux. Certes, il y a des lois pour interdire les inégalités salariales, mais visiblement ce n’est pas suffisant puisque :

En Belgique: en 2021, l’écart salarial au niveau du salaire horaire s’élève à 9,2% en défaveur des femmes. Cet écart représente 23,1% si l’on prend en considération les salaires annuels. Ce pourcentage est plus important car, dans cette évaluation, on prend en considération la répartition inégale de la durée du travail.

Et en France:En 2021, parmi les salariés exerçant leur emploi principal dans le secteur privé, le revenu salarial des femmes, qui mesure la rémunération nette effective qu’elles tirent de l’ensemble de leurs activités salariées, est inférieur en moyenne de 24,4% à celui des hommes

Donc même ce point, sur lequel tout le monde semble s’accorder, n’est pas encore acquis. Dès lors, le féminisme, même pour les plus sceptiques, semble bien être encore nécessaire.

Mais en vrai, même si c’était atteint (ce qu’on espère 🤞)… c’est loin d’être le seul problème en fait! Quid du droit à disposer de son propre corps comme on l’entend? Des risques des violences sexistes et sexuelles? Des féminicides? De l’accès à des études et emplois habituellement genrés « masculins »? De la charge mentale? Du mansplaining?

Tous ces problèmes et bien d’autres, de gravité et de fréquence variée, font partie des luttes féministes. Résumer le féminisme à la lutte pour l’égalité des salaires, c’est (capitaliste et) ultra réducteur.

Aussi longtemps qu’il y aura une différence de traitement…

Donc oui, sans surprise, le féminisme est encore et toujours nécessaire en 2024. On voudrait bien que ce ne soit pas le cas. On voudrait réellement toutes vivre dans un monde où le féminisme est obsolète. Vraiment.

Pourtant, force est de constater qu’on en est loin. Même si on peut reconnaître qu’il y a chaque année des avancées. Même s’il y a des lois qui sont censées nous protéger. Même s’il y a pire, même s’il y a aussi d’autre discriminations contre lesquelles on doit se battre.

Oui, malgré tout ça, on a encore besoin du féminisme. Parce que là où il y a des lois et des règlements, il y a aussi des habitudes et des contournements. Il y a culture du viol et banalisation des violences. Il y a déni. Et toutes ces conventions sociales ne peuvent être régulées par le droit. Le féminisme, c’est aussi une lutte pour un changement profond et global de mentalités, qui va de pair avec un changement des normes et des lois, mais qui ne s’y résume pas.

 

Pour résumer, c’est simple : aussi longtemps qu’il y aura une différence de traitement entre un homme et une femme, qui que soit le-a « bénéficiaire » de cette différence de traitement (oui la galanterie ça nous saoule aussi), le féminisme aura un rôle à jouer.

 Sources :


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